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La liquidation judiciaire et les délais
de paiement des salaires : LA VÉRITÉ
31-Mai-2004
06/02 - Nadège, Paris
On peut, parfois, au cours de sa carrière, être bringuebalé
de droite et de gauche.
Pour ma part, j'ai connu un redressement judiciaire, une fusion,
un licenciement économique et, tout récemment une liquidation
judiciaire.
De toutes ces épreuves, celle-ci est sans contexte la plus
difficile à vivre sur le plan financier et voici pourquoi.
La procédure
Quand une entreprise est en difficulté financière au
point de n'être plus en mesure de faire face à ses créances,
elle doit alors déposer au Tribunal de Commerce dont elle dépend
une demande de cessation de paiement.
A partir du jour où cette demande est faite, l'entreprise
est placée sous protection judiciaire : elle ne peut plus,
par exemple, être expulsée de ses locaux.
Le Tribunal de Commerce statue sous un délai moyen de 15 jours
sur le devenir de la société. Plusieurs issues sont
alors envisagées :
la poursuite de l'activité après une période
d'observation (généralement 6 mois) : le redressement
judiciaire (article à venir)
la liquidation judiciaire pure et simple.
L'entreprise ferme alors le jour même du verdict.
la liquidation judiciaire avec poursuite d'activité
sous x mois. Cette procédure est en fait un répit
offert à une société ayant engagé des
négociations de rachat ou de fusion. Elle est destinée
à lui permettre de finaliser ces offres et de sortir l'entreprise
de son impasse. Si au bout du laps de temps accordé, les
offres n'ont toujours pas abouti, l'entreprise est liquidée
d'office.
Le verdict dépend donc de plusieurs paramètres : viabilité
de l'entreprise, portefeuille clients au moment de la cessation de
paiement, offres de rachat ou de fusions éventuelles...
Dans le cas qui nous intéresse ici, nous évoquerons
la liquidation judiciaire avec poursuite d'activité sous un
mois.
Les interlocuteurs
lls sont multiples et chacun avec des missions spécifiques
:
le Tribunal de Commerce statue sur le
devenir de l'entreprise. En cas de liquidation judiciaire ou de
redressement, il nomme un mandataire (mandataire
liquidateur pour les dépôts de bilan).
Le mandataire agit en lieu et place des
dirigeants : toute dépense, aussi minime soit-elle, doit
être signée par le mandataire. Il peut éventuellement
négocier les offres de fusion ou de rachat ou laisser les
dirigeants s'en charger. Le mandataire, pour sa part, nomme un cabinet
d'expertise comptable pour éditer et gérer le paiement
des salaires.
Le Garp ou AGS est un organisme d'État
qui est chargé de pourvoir aux défaillances des entreprises
en matière de paiement des salaires. Ce qui est garanti :
les arriérés de salaire, les préavis en cas
de dépôt de bilan, les congés payés,
les primes éventuelles et les indemnités de licenciement,
dans la limite de certains plafonds. La loi
précise que les salaires doivent être versés
au plus sous 3 mois. Détail important comme nous le verrons.
L'adjudicateur : il est chargé
de dresser l'inventaire des biens de l'entreprise (matériel,
marchandises, véhicules...) et de les vendre aux enchères.
Ces enchères sont publiques et se déroulent généralement
dans les locaux de l'entreprise. Le matériel ou les marchandises
sont vendues par lot. Rien ne vous empêche d'y assister et
de faire une offre.
Votre délégué du personnel
ou représentant des salariés. Un petit conseil
: choisissez-le bien car son rôle peut être déterminant.
Il vous servira d'intermédiaire entre vous (les salariés)
et le cabinet d'expertise comptable pour obtenir des nouvelles sur
le paiement de vos salaires et c'est là un parcours du combattant...
La vérité
Un
petit rappel : en cas de liquidation judiciaire, votre
préavis étant garanti, vous ne pouvez bénéficier
des allocations chômages avant la fin de celui-ci, soit
1 mois, 3 mois ou 6 mois suivant les cas de figure. A ce délai,
il convient de rajouter les jours de congés qui vous seront
payés + la carence ASSEDIC. DURANT CE
LAPS DE TEMPS, VOUS NE BÉNÉFICIEZ DONC D'AUCUNE
AIDE FINANCIÈRE.
En date du 25 mars 2002, le Tribunal de
commerce de Paris prononce la liquidation judiciaire de notre
société, avec prolongation d'activité d'un
mois. Jusque là, rien de plus anodin.
Fin mars : les salaires ne peuvent
être assurés, les caisses de l'entreprise étant
vides. Le conseiller que nous avons pris pour nous aider dans les
démarches de liquidation nous annonce, fort de son expérience,
un paiement sous... 15 jours (moi, je me tiens déjà
les côtes de rire : j'ai sondé des personnes ayant
déjà vécu cette épreuve et les témoignages
sont radicalement différents... et s'avéreront bien
plus exacts).
Fin avril : courrier du liquidateur nous
informant de la fermeture de l'entreprise et nous assurant que les
arriérés de salaire (mars et avril) nous seront
réglés au plus tard sous 4 semaines(après un bref calcul, je parviens à la conclusion
que nous serons payés sous un mois... soit
fin mai). Nous sommes déjà loin des
15 jours annoncés pour le salaire de mars... Le document
reçu est une attestation à fournir à nos banques,
en cas de difficultés financières passagères...
26 juin 2002 : réception du chèque
de salaire de mars et avril (sans fiche de salaire). Le chèque
est daté de la veille, 25/6/02. Autrement dit, tout ce qui
avait pu nous être annoncé par écrit ou par
téléphone n'était que mensonges. Le premier
paiement est intervenu à l'issue des 3
mois, délai légal maximum.
Autrement dit, nous n'avions aucune chance d'être payés
plus rapidement. CQFD.
10 juillet 2002 : réception du
chèque de solde : 3 mois de préavis + congés
payés... Le terme de notre préavis était fixé
au 25 juillet, ce qui revient à dire que le solde nous
est presque parvenu à l'issue de ce dernier, qu'il ne faut
pas tabler sur le préavis pour assurer son loyer dans l'intervalle.
Résumé :
3 mois avant de toucher les premiers salaires = 3
mois sans aucun revenu ;
mois de préavis et congés payés réglés...
pratiquement à la fin du préavis : ne comptez
pas sur cette somme pour assurer votre loyer et votre quotidien
durant ce laps de temps.
Peut-on, dans notre pays vivre ainsi, sans aucune aide de quelque
nature quelle soit ?
A noter également :
les montants mentionnés sur les
attestations peuvent différer des montants réellement
perçus : les sommes indiquées sont celles
auxquelles vous pouvez prétendre et devriez percevoir
MAIS en la matière, il existe des plafonds, fixés
par le Garp, à ne pas dépasser. Vous ne saurez
si vous vous êtes concernés qu'à la réception
de votre chèque...
3 mois de préavis ne signifient
nullement que vous allez toucher 3 mois de salaire
: notre assistante commerciale en a fait l'expérience.
En effet, selon le Garp, il existerait de subtiles nuances
dans certaines conventions collectives. Ainsi, en cas de démission
ou de licenciement, notre assistante commerciale devait observer
un préavis de 3 mois, mais ses indemnités, elles,
n'étaient basées que sur un mois (statut agent
de maîtrise). En d'autres termes,
il convient de distinguer préavis (délai de
notification à respecter) de préavis réellement
payé...